mercredi 8 juin 2011

La melatonin c'est le diable : L'ABC de l'horreur.



Image : Mivil Deschenes Texte : JS Larouche 

Vous savez dans les films et les livres qui finissent par le cheap ceci-n’était-qu’un-rêve-terrifiant, il y a toujours un petit moment qui suit le réveil où un élément du rêve qui vient installer le doute, pour que le public (toi et moi, les madames qui ont des cartes scène) pense que le rêve transcende la réalité, que le subconscient de part sa violence a peu un effet parfois prémonitoire, parfois préventif sur le destin du personnage.  Eh bien, y’a un fond de vérité cela va de soit, Freddy Krooger apparaîtra pas dans le reflet que te sert la flaque d’eau mais ton coco sort pas ça d’un chapeau magique, c’est simplement l’interprétation de ton nerf cérébral qui, surchargé, fait son gros possible pour extraire le sens de ton existence compliquée.  C’est pas moins quétaine parce que c’est sensé, c’est pas non plus l’idée du siècle, c’est juste logique.  J’aime la logique.  Je suis on le peut plus rationnel pour certaines choses : la vie, la mort, la morale.  Et pour réfléchir à toutes ces patantes là, il faut du temps, chose que j’ai pas mais que je fais malgré moi la nuit.  Je suis tombée très jeune dans l’gros chaudron de l’insomnie.  Mon plexus solaire n’est pas un calinours bien sympathique.  Tu dors pas, un peu, trois ou quatre heures, pas capable de te rendormir, pas assez.  Quand tu sors, tu rentres en te disant que tu vas t’endormir rapidement engourdi d’whisky mais ça ne se passe jamais ainsi, tu dessoûles et le carrousel bat la cadence.  Le disque tourne.  Les idées noires.  Les constats décevants.  Les souvenirs douloureux.  Les échecs.  Le quotidien.  Ce qu’ils sont parents. 
L’alcool marche pas.  Le manque de profondeur des amis aide pas.  J’aime pas le pot.  Ça me fait pas.  J’ai un ami qui m’a raconté avoir mis un peu de codéine dans un joint avec son ancien coloc témoin de Jéhovah, il disait que ça faisait des nuages de fumée noire presque opaques qui restaient en l’air entiers un bon moment.  Ce nuage, c’est exactement ça que devient mon cerveau quand je fume.  Si, en effet, je finis par me dissiper, m’endormir, les instants avant sont ténébreux, insupportables, je magasine des lames de rasoir et du linge Emily Strange dans le eBay que mon lobe frontal.  Je pense pas loin.  L’accès au backstore est réservé aux employés.  La grosse déprime.  L’angoisse au gramme.  Une amie m’a suggéré la melatonin pour régulariser mon cycle de sommeil.  Je me suis dite que j’allais le changer ce cycle de merde, me coucher trois heures plus tôt qu’à l’habitude et que la pilule serve d’interprète entre mon cerveau et mon horloge interne, qu’elle lui imprime ça dans l’front ben comme faut.  LA MELATONIN, C’EST LE DIABLE.  Pour moi en tout cas.  Pire nuit de ma semaine.  J’ai tangué entre deux états les cinq premières heures, puis quand j’ai finalement pu entrer dans un sommeil correct, j’ai fait le rêve le plus lucide depuis des lunes ben jumbos.  LA MELATONIN, C’EST LE DIABLE.  En capsules.  Quatre piastres de diabolique.  J’ai envie de tremper l’emballage dans d’la peinture rouge.  L’amie qui me l’a suggérée cette cochonnerie, ça lui va, elle dit qu’elle fait des rêves lucides elle aussi, se souvient de tous les détails, peu décrire chaque pied carré et à peu près tous les dialogues, peut-être était-ce un avertissement, mais j’y ai vu que du feu.  Elle a commencé à les prendre justement pour arrêter de fumer du pot et c’est bien connu que ça te delete la mémoire des rêves à mesure cette substance-là.  Mais c’est bien plus que ça.  C’est un excès de lucidité.  Ça te fait te poser des grosses questions le matin.  T’as envie de raconter ton rêve à tout le monde que tu rencontres.  « Tu vas pas vraiment me raconter ton rêve?! »  Eh ben oui.  Je vais faire ça, chéri, chérie.  D’autres choses s’y emboitent.  Casse-tête.  Pénis/vagin des éléments. 


LE RÊVE
Dans mon rêve, on allait visiter une ancienne professeur que j’avais qui s’appelait Hélène.  Pour lui demander un service.  J’étais avec Jackie O.  Hélène était nue, longs cheveux qui s’enroulent naturellement à sa hanche, un petit châle qui découvre toujours toutes les zones d’intérêt à force de s’emmêler dans la crinière, chorégraphie de peek-a-boos.  On entre chez elle.  Jackie O essaye d’ouvrir une porte pour y mettre son manteau, mais comme la porte est emplâtrée, échec.  Hélène avait un petit sourire amusée.  « Enwaye, essaye tant qu’tu veux petite conne, ça marchera jamais. »  Moi je regardais les bras musclés de Jackie et je me disais qu’elle avait peut-être des chances.  Mais comme nous étions des invitées dans cette maison, les convenances me sont montées à la gorge.  « Elle doit être bannie.  Passons au salon les namies. » 
On allait lui demander un service, quelque chose, qui lui demanderait un certain déploiement, plus qu’un simple coup de téléphone à un certain monsieur, quelque chose qui demande des étapes et pour lequel on doit se faire valoir par de belles strophes concrètes, faire ses preuves, qu’on le mérite ce service, que son implication dans la chose ne peut pas lui revenir dessus.  Le service en question m’échappe.  Mais bon, c’est la manipulation qui est importante dans l’exercice, c’est ce PR qui est mis de l’avant, qui me hante jusque dans mes rêves. 
Je réussissais à convaincre Hélène de nous rendre ce service.  Pour ce faire, elle devait aller se changer, se poupouner quelques instants.  En arrivant devant la porte entrouverte d’Hélène, je la vis à sa coiffeuse se brosser les cheveux avec ses doigts, des nœuds à tirer, en aura pour un bon moment encore, la trouva belle de perdre ce temps à se faire sa beauté manuellement. 
J’entrouvris encore un peu la porte.  Scène d’horreur.  Sur le mur de sa chambre, des cadavres, quatre, emplâtrés avec des visages d’épouvantes, à te faire mourir emplâtré toi aussi sur place.  Tandis que je refermais la porte avec tout le calme du monde, il y eut un bruit sourd dans le couloir.  Le placard condamné, il s’était ouvert.  Les bras de Jackie O.  Était tombé sur le plancher de l’entrée le cadavre d’un homme, ressemblant follement à un chérubin, que l’on y avait caché.  Nous nous sommes mises à paniquer.  En revenait à moi de gérer la situation.  Film/rêve d’horreur dont je suis le héro. 
S’en suit des périples infinis.  Jackie O et moi, on sort le cadavre de plâtre de l’appart, on se cacher dans l’adjacent, Hélène nous poursuit, essaye de rentrer ses mains dans l’embrasure pour les lettres, je vais chercher plein de couteaux à la cuisine et les utilise gauchement pour libérer le trou, les yeux infusés de rouge d’Hélène dans le carreau de la porte, Jackie O qui était sensé appeler la police avec son cell l’a pas fait, s’en mise à jouer à Bejeweled à la place, moi qui prend tout en charge, l’appel, la fermeture des fenêtres. 

Maintenant, le fun commence.  Je suis allée sur un site d’ABC des rêves checker les meanings de certains éléments.  Au nom de la science!  Mais surtout du rire!  On s’entend que je suis pas équipée pour bien analyser.  Pas assez de sérieux j’pense.  Et puis, c’est tellement une application personnelle.  Faudrait que j’aille prendre une bonne marche dans mon subconscient, que j’check les pancartes, le nom des rues, qu’j’en fasse une étude démographique.  J’doute qu’il y ait un kiosque de l’information.  « La maman de la petite Lily est demandée au carrefour des deux lobes. Votre fille a chié dans ‘ruelle du rationnel, trouvais pas l’watercloset. »
L’ANALYSE 
Les cadavres       « Si nous contemplons un cadavre sans appréhension ni crainte particulière, le sens de ce rêve est relatif à un concept que nous avons récemment formulé.  C’est celui d’une permanence de la pensée alors que la forme ne survit pas.  L’esprit demeure quand le corps disparaît. »
Au préalable, le monsieur de l’ABC des rêves nous explique aussi que lorsqu’on fait face à plusieurs cadavres dans un rêve et qu’on est pris de panique, c’est que ce sont des parties de nous-mêmes qui sont mortes, selon l’évolution naturelle de notre personnalité.  Ce sentiment de panique est donc l’équivalent de la nostalgie ou, du moins, advenant que tu veuilles les sauver comme moi encore à cette minute, doit le devenir.  Adieu naïve version de moi.  Adieu légère version de moi.  Adieu pleine de convenances version de moi.  Le bouquet de myosotis. 
L’extrait parle d’un cadavre pour lequel nous ne ressentons pas d’appréhension.  Celui du placard dans mon cas.  J’aime croire qu’il y a deux manières de l’interpréter.  La ludique et l’introspective.  L’une la main dans l’autre quand même. 

LA LUDIQUE
         Le placard          « Si vous ouvrez un placard, c’est pour y retirer des choses qui y ont été rangées il y a longtemps.  Ces objets qu’il contient sont des souvenirs, des émotions, des comportements hérités de vos parents.  Comme dans la réalité, il est bon de faire un peu de ménage dans ces vieilleries, c'est-à-dire quand votre introspection est achevée et que vous avez reconnu toutes ces choses enfouies.  Il ne faut garder que ce qui a une réelle valeur.  Le reste encombre inutilement votre mental. »
         Comme le chérubin de 4 pieds est emplâtré, je ne peux m’empêcher de penser que mon subconscient en train de m’envoyer un message carriériste : « changes de vocation au plus criss, mets toé à sculpture ».  (Oui, l’québécois jusque dans les plus profondes limbes de mon esprit.)  Je sors du placard.  Lily : artiste visuelle.  Scalpel et gruau.  Talent caché, enfoui, qu’il me fait garder puisque c’est la seule chose en moi qui a une réelle valeur économique.  Tu feras jamais d’argent avec la littérature.  « Ta petite sculpture de supersized Cupidon, elle, elle va effeuiller des portefeuilles de chirurgiens. »  T’as un bon point là, subconscient.  Le monsieur et la madame vont toujours avoir plus de facilité à investir dans l’art en format physique, interprété décoratif qu’la version imprimée.  Ça demande moins d’implication. 
-         Check la statue qu’j’tai acheté pour la St-Valentin, Ginette!
-         Oh!  Comme tu es romantique, Richard.
Message de l’œuvre à mute.  Ciao.  Bye.  Merci.  Bonsoir.  Je doute que mon subconscient soit capable d’autant d’ironie.  D’autant plus que l’ironie est difficile à déceler de manière générale, ce que ça peut avoir comme degrés pour une notion de soi aussi diffuse doit pas être beau.  Et pas être ça.  Sortons donc du salon d’Richard et Ginette.
Allons de cet autre salon.
L’introspectif.

L’INTROSPECTIVE
J’essaye de penser à cette nouvelle partie de moi, nouvelle perversion du moi qui pourrait être représentée par ce cadavre pour lequel je suis pleine d’indifférence, qui est représenté en caricature par-dessus le marché.  Le légume en saison ce mois-ci, c’est cette question de la morale, ce flirt avec le compromis que je m’inflige.  J’organise le sauvetage de cette chose, j’appelle la police pour leur montrer cette chose.  Et il ne cesse d’y avoir des complications, je ne cesse de tout devoir faire moi-même.  Le festival de l’obstacle.  À un certain point, je me sens même découragée.  C’est quelque chose puisque que c’est assez rare que je vis et que je me souviens vivement d’une émotion de rêve.  Melatonin?  Sujet à réflexion?  L’équation se pousse.  Le désintérêt de Jackie O face à la chose, son excès d’insensibilité. 
Téléphone portable      « Si le téléphone portable (…) nous offre un sentiment de sécurité, il peut créer aussi une scission psychique, une confusion du réel et du virtuel.  Il y a ainsi une déconnexion du réel et du présent, une inattention, une propension à vivre dans l’attente et dans le fantasme. »
Je veux tu vraiment avoir de besoin de tant d’exutoires et de divertissements moi aussi pour accepter de vivre dans cette totale illégalité émotionnelle (t’sais, pas en avoir vraiment jamais pour rien n’y personne, qu’le mot s’fasse avorter d’sens pis toute la mascarade)?!  J’avais mis dans mon horaire d’hier l’achat d’un nouveau téléphone cellulaire.  Pas eu le cœur à ça après avoir lu tout c’te baratin là.  Futilité, façade, exhibitionnisme, déconnexion du réel, addiction, dépendance affective.  Non.  Non de non.  Non de merci bonsoir.  Ciao.  Bye.
La solution n’est pas nécessairement d’arrêter d’avoir des relations avec des hommes.  Mais pour le moment ça me semble plus facile.  Ce qui m’amène à l’autre tout ludique pour clore la sandwich d’l’analyse du rêve. 
Le couteau « Le couteau – ou poignard – est une représentation très agressive du sexe masculin.  Il s’enfonce, pénètre dans la chair.  Chez une femme, la présence menaçante d’un couteau est révélatrice d’une grande méfiance vis-à-vis de l’homme et de son pénis. »
Hahaha.  Ça, ça me fait rire.  Dans mon rêve, j’utilise plusieurs couteaux avant de pouvoir fermer les bobettes de la porte.  Je ne peux m’empêcher de penser : pénis en série.  Dans le fond, ce que mon coco me dit, c’est qu’ça va prendre plus qu’un trip au sexe shop avant que je trouve LE dildo qui va régler tous mes problèmes et accentuer les écoulements.  Monsieur ABC écrit aussi : « sexe/couteau qui se dresse et pénètre le sexe/blessure de la femme. »  Eh bien.  Monsieur ABC, votre jargon technique, je me fourre dans tête avec.   Que je les manie sans conviction, ces couteaux, qu’il me glisse entre les doigts et ce pour faire mal à la main d’Hélène. 
Prof malade. 
Éducation foisonnante. 
Trash épuré. 
Film de cul. 
Petite co-ed + bohemian teacher. 
Pop porn. 
Moi rentrant bon nombre de verges en plastique dans les orifices de l’éducation alternative. 
Porn féministe. 
T’sais avec des images d’art qui se superposent, au montage, à l’action sexuelle.
Premier squirt/fontaine du Parc Lafontaire (t’sais celle avec l’arc-en-ciel de néons intermittents).
Mamelon dans la bouche/fraise que l’on trempe dans de la crème fouettée.
Petit spasme de la jambe droite qui traverse tout le corps/réglisses que l’on noue.
Dildo glow in the dark dans vagin slack de bohemian teacher/couteau pénètre blessure de la femme.    



(Ce qu’une trame sonore 8-bit serait ironique!  Excès de volupté!)




***  Les noms des personnages dans ces entrées sont fictifs.  Pas que les identités des individus aient vraiment de besoin de protection.  Ni même la mienne à ce sujet.  Jusque leurs noms sont plates.  Le mien aussi.  La traduction grecque de mon prénom ressemble à Basilic.  C’est cute, c’est ben poétique, mais dans cette vie que je partage avec vous ici, il n’y a plus rien de poétique.  ***

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